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Une
balade en forêt, ce fut le thème de la journée.
Rendez-vous chez Steph pour commencer. Un petit café,
bavardages à la clé et callumet de la paix.
Enfin prêts pour s'élancer.
On laissa les filles entre elles papoter et on fila droit
devant avec nos mines d'aventuriers, le pas décidé
et dans le regard cette flamme étrange proche du feu
follet avant d'affronter ce bouquet de jungle en délire
qui croyait nous effrayer.
Ni une ni deux, nous pénétrames dans ce fourbis
végétal habite par mille et une créatures
issues de la Genèse, ces fameux passagers logeant dans
la Haute Forêt et qui, habituellement, hantent notre
imaginaire jusque dans nos lits douillets.
Je veux parler, bien sûr, de ces monstres exhibés
dans nos zoos et que l'on nomme tigres, pythons, orangoutans,
scorpions, migales ou gibbons sans oublier ces célèbres
dragons ou lézards géants que l'on appelle varans.
Point impressionnés par cette délirante faune
qui vraisemblablement nous attendait, nous foulames le sol
de ce domaine inexploré, longeant cette cascade qui
à nos côtés dégringolait, sous
le regard des piranhas en train d'affuter leurs triples rangées
de dents que l'on voyait dans l'eau claire scintiller.
Armés de courage et intrépides comme jamais,
nous avancions malgré la présence de ces géantes
fleurs carnivores, les rafflesias, qui n'attendaient de nous
qu'un faux pas pour nous dévorer.
Stephane marchait devant, un coupe-coupe dans la main droite
et une massue à la main gauche, sur ce sentier qui
maintenant s'offrait à nos pas.
Moi, je fermais la marche prêt a bondir au moindre bruit
sur les épaules de Steh pour me protéger.
Une farouche volonté nous possédait et rien,
ce jour-là, n'aurait pu nous arrêter. Un feu
sacré nous empêchait de reculer. Nous irions
jusqu'au sommet afin de caresser les crêtes de ces géants
ficus qui ornent les hautes futaies de cette tropicale jungle
emplie de dangers.
Bref, nous avancions toujours dans ce bordel inextricable
prêts à vaincre ce que peu d'hommes avaient réussi
jusqu'alors.
Il ne nous restait que deux ou trois kilomètres avant
d'accéder à ce fameux sommet mais le sentier
devenait raide et notre marche lente a cause de ces failles
s'ouvrant devant nous.
En fait de sentier, c'était plutôt un étroit
tapis de ronces emplie de chausse-trappes et de fosses qui
nous faisaient maintenant avancer à pas de fourmi.
Tortues que nous devenions, paresseux progressant sur une
immense branche encombrée de lianes et d'épineux
sans nombre.
Un essaim d'abeilles vint à notre secours afin de
hater notre progression vers ces cimes à l'impossible
accès. Elles déboulèrent sur nous telle
une pluie de météorites et nous dardèrent
à qui mieux mieux pour nous donner ce zeste de volonté
et de tonus qui nous manquait alors.
Croyez-le si vous voulez, mais cela suffit à nous
faire carrément voler et c'est à la vitesse
de la lumière que nous déboulames sur les crêtes
de ces forêts. Sauf qu'on jugea la chose si facile et
l'exploit si commun qu'on decida sans se concerter de courir
huit jours encore sans prendre le temps de souffler.
Finalement, nous n'avions vu aucune de ces bêtes féroces
qui peuplent les jungles de cette sauvage contrée,
seul un bataillon d'abeilles vint à notre portée.
Joueuses qu'elle étaient, les belles; si bien que voyant
notre enthousiasme à les fêter, elles se prirent
d'amitié pour nos pauvres carcasses essoufflées.
Pleines de compassion à notre égard, elles vinrent
toutes nous embrasser afin de nous faire accéder à
ce titre de heros bien merité.
Sauf que pour revenir dans nos foyers, nous hésitions
quelque peu ne voulant plus participer à leurs danses
effrénées, à leurs fraternelles assemblées.
Un peu las nous étions par leur exhubérante
gaieté. Non, nous n'avions plus le coeur à jouer.
Pour éviter ces joyeuses noces, ces farandoles enjouées,
Steph trouva une ruse digne des plus fins pionniers qui osèrent
les premiers entrer dans ces végétales cités.
Elles n'étaient pas folles les guêpes, sur qu'elles
nous attendaient sur un sentier qui mène à leurs
ruches dans quelques recoins cachés. Elles désiraient
vraisemblablement nous faire encore participer à leurs
lyriques envolées.
Seule la fumée pouvait d'elles nous délivrer.
Steph se mit donc en quête de branchages pour deux
flambeaux confectionner. La, il n'eut pas une riche idée
lorqu'il m'en tendit un pour que je l'aide dans cette tache
digne d'Ulysse et d'Orphée.
Je refusai, j'insistai de peur de me brûler mais ne
put éluder.
Une mouche vint sur mon front se poser et je crus que l'essaim
nous avait déjà retrouver. La confusion du moment
- je pensai alors que la reine des abeilles m'avait elle-meme
focalisé - fit que je perdis ce sang froid qui habituellement
me caractérisait. Je vociférais à n'en
plus finir agitant mes bras de tout côté et,
à grands coups de claques, m'infligeai moi-même
une sévère volée, une redoutable peignée.
J'en perdis ce flambeau que Steph m'avait confié et
déclenchai un terrible incendie qui mit fin à
l'histoire de cette millénaire forêt. Il n'en
existe aujourd'hui plus rien et même une racine n'ose
se montrer. Un désert que c'est maintenant devenu cette
putain de jungle d'Asie.
J'avais cependant triomphé dans ma mission alors confiée:
plus une abeille à la ronde, plus une guêpe dans
ce paysage désolé. J'avais réussi à
rayer dans ce continent ces espèces pourtant protégées.
J'en tirais, je l'avoue, quelques fiertés et plus
une de ces putains de bestioles ne viendrait de sitôt
la ramener.
La ou Rambo avait lui-même échoué, en
vainqueur je m'imposai. Une bonne trouille et une maladresse
à la clé avaient fait mieux que tout son arsenal
à la con. Une ridicule petite flamme avait produit
plus de ravages que tous ses missiles sol-sol, air-air et
allez savoir quoi encore. Exit Rambo, John Wayne, Ivanohé...
Minables qu'ils étaient.
Evidemment, en revenant, nous ne nous sommes pas vantés
de cet exploit inoui, et en voyant pompiers, flics et armée
venus nous accueillir, nous avons tout mis sur la gueule de
deux touristes Américains qui passaient là,
par hasard, et qui n'avaient peut-être jamais franchi
la lisière de la forêt.
On te les a balancés avec force détails et mensonges
en tous genres. On en a tellement rajouté qu'ils les
ont tout de suite embarqués sans même les interroger.
Après tous nos dires, comment pouvaient-ils douter?
Une foule énorme était présente pour
les insulter, leur cracher dessus, les malmener. C'était
pitié.
La télé est même venue nous interviewer
pour nous remercier d'avoir ainsi à l'enquête
collaboré. Sans nous, jamais les coupables n'auraient
été retrouvé. C'était justice
que de nous féliciter, que de nous fêter.
Croyez-moi si vous voulez, ils nous ont aussi filé
de la tune à la clé. Un chèque qu'ils
nous ont signé.
Nous sommes rentrés peinards à la maison et
nos femmes, après s'etre longtemps moqués de
nos devenirs sans aucunement s'inquiéter, nous ont
idolatrés. Elles nous avaient vus à la télé
et non peu fières elles étaient.
Dire que l'on était tout deux au bord du divorce, de
la séparation. Largués que l'on était
preque déjà, sur que l'on allait dans peu se
faire jeter, un enfer que l'on vivait.
Et puis non, tout à fini par s'arranger. Ces deux
Americains avaient sauvé nos couples en beauté.
Ils faudrait tout de même aller les remercier au fond
de leur geole. Peut-être que ca les toucherait de nous
savoir avec nos femmes reconciliés, enchainés
qu'ils étaient les pauvres et tristes comme jamais.
Notre visite, c'est sûr, les motiverait et d'apercevoir
des visages connus les réjouirait. Nous n'étions
plus pour eux des étrangers et, entre Farangs, nous
nous devions d'être solidaires. Qui sait, peut-être
allions-nous devenir amis? Ca ne m'aurait pas étonner.
Steph et moi, nous n'avions encore aucun copain Américain.
C'était l'occasion ou jamais.
Et puis, c'était bien grâce à eux que
nous avions trouvé du boulot. On nous a embauchés
comme Chefs des pompiers.
Ah! j'ai oublié de vous dire, Bobol m'en a voulu quelque
peu. Eh oui, sa barraque avait cramé. Quinze ans qu'il
en rêvait d'une maison tout en haut de cette forêt.
A peine réalisée, voila qu'elle partait en fumée.
Il m'a cherché longtemps, il parait, armé d'un
canon scié. Il aurait ma peau qu'il disait. Mais je
me suis bien caché.
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